📌 Résumé de l’article
Le Prophète ﷺ a mis en garde sa communauté contre l’un des plus grands dangers du cœur : l’amour excessif de l’argent et des biens de ce monde. Dans un hadith authentique rapporté par Abû Houreira et consigné par l’Imam al-Bukhârî, il a dit :
« Malheur à celui qui se laisse asservir par le dinar et le dirham ! »
À travers ces paroles, l’Envoyé d’Allâh ﷺ nous enseigne que le croyant peut devenir esclave du matériel sans même s’en rendre compte : satisfait lorsqu’il reçoit, mécontent lorsqu’il est privé. Un tel comportement révèle un attachement dangereux à la dunya, qui voile le cœur et diminue la sincérité de l’adoration.
Les savants, parmi eux le Cheikh ‘Abder-Rahmân as-Sa’dî – qu’Allâh lui fasse miséricorde – expliquent que l’adoration authentique est celle qui vise uniquement la Face d’Allâh et la récompense de l’au-delà. Les œuvres accomplies pour des intérêts mondains ne rapportent aucune part dans l’au-delà, tandis que celles qui sont sincères et accompagnées d’une intention pure élèvent le croyant et renforcent son Tawhîd.
Ce rappel nous invite à purifier nos intentions, à libérer nos cœurs de l’attachement au matériel et à rester maîtres de nos biens sans en devenir esclaves. La véritable richesse n’est pas celle que l’on possède, mais celle du cœur satisfait et reconnaissant.
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📋 Sommaire
Introduction
L’attachement excessif à l’argent et aux biens matériels représente l’un des pièges les plus dangereux pour le cœur du croyant. Le Prophète (sallallahu ‘alayhi wa salam) nous a mis en garde contre cette maladie spirituelle dans un hadith d’une profondeur remarquable.
Le hadith authentique
Abû Houreira (radhiallâhu ‘anhu) rapporte que le Prophète (sallallahu ‘alayhi wa salam) a dit :
Ce hadith authentique nous enseigne que l’homme peut devenir esclave de ses possessions au point de perdre sa liberté spirituelle.
Première leçon : La véritable nature de l’adoration
L’adoration vouée à Allah
L’adoration véritable, c’est celle qui est dirigée exclusivement vers la Face d’Allâh – ‘Azza wa Djal – et qui vise la demeure de l’au-delà. Toute action accomplie dans ce but noble élève le croyant et purifie son cœur.
Le piège de l’adoration du bas-monde
En revanche, celui qui accomplit des actes d’adoration en n’ayant pour seul objectif les biens de ce bas-monde se trouve dans une situation périlleuse. Son cœur devient prisonnier de la dunya, ses pensées tournent autour d’elle, et elle devient sa préoccupation majeure.
Un tel individu est en réalité perdu, à moins qu’Allah ne lui accorde la grâce d’un repentir sincère qui libère son cœur de ces chaînes invisibles.
Deuxième leçon : Les symptômes de l’asservissement matériel
Un cœur attaché à la dunya
Le signe révélateur de cet asservissement se manifeste dans les réactions de la personne face aux biens matériels :
- Quand on lui accorde des biens : elle est satisfaite, louange et fait des éloges
- Quand on ne lui en accorde pas : elle se courrouce, se contrarie et manifeste son mécontentement
Le lien avec l’hypocrisie
Cette description n’est pas anodine. Allah – ‘Azza wa Djal – a décrit les hypocrites (munâfiqûn) par ces deux caractéristiques exactes dans le Saint Coran :
« Il en est parmi eux qui te critiquent au sujet des Sadaqats : s’il leur en est donné, les voilà contents ; mais s’il ne leur en est pas donné, les voilà pleins de rancœur. » [Sourate at-Tawba, verset 58]
Ce rapprochement doit nous alerter sur la gravité de cette attitude et nous pousser à examiner nos propres intentions.
Troisième leçon : L’enseignement du Sheikh ‘Abder-Rahmân as-Sa’dî
Le Sheikh ‘Abder-Rahmân as-Sa’dî, dans son commentaire précieux de Kitâb at-Tawhîd, nous éclaire sur les différents types d’intentions et leurs conséquences.
Les œuvres purement mondaines
Lorsqu’un adorateur accomplit des œuvres dont l’unique but est d’obtenir des bénéfices dans ce bas-monde, sans aucune visée de la Face d’Allâh ni de la récompense de l’au-delà, ces œuvres ne lui procureront aucune part dans l’au-delà.
Le Sheikh précise que ces œuvres n’émanent pas d’un véritable croyant. En effet, même le croyant ayant une foi faible désire naturellement la Face d’Allâh et la récompense de l’au-delà.
Les œuvres aux intentions mixtes
Lorsque les œuvres sont destinées à la fois à la Face d’Allâh ET aux biens de ce bas-monde, avec des intentions équivalentes, cela révèle :
- Un manque dans la foi (îmân)
- Une déficience dans le Tawhîd (l’Unicité d’Allâh)
- Une absence de sincérité complète (ikhlâs)
Dans ce cas, les actes de la personne sont diminués en valeur, et elle perd le bénéfice d’une sincérité complète qui multiplie les récompenses.
Les œuvres avec intention pure et bénéfice licite
Le Sheikh nous rassure : il est parfaitement permis de tirer un bénéfice licite d’une œuvre vouée exclusivement à Allah, à condition que :
- L’intention principale soit pour Allah Seul
- La sincérité soit complète dans l’application
- Le bénéfice mondain soit un moyen pour servir la religion
Exemples validés par les savants :
- Le moudjahid qui lutte sur le chemin d’Allâh et reçoit sa part du butin ou une subsistance
- Les œuvres de charité qui profitent aux musulmans
- Les biens waqf (mains-mortes) consacrés aux mosquées et écoles islamiques
- L’emploi licite respectant les principes religieux mis en place au bénéfice des gens
- Le commerce halal pratiqué avec une intention droite
Le Sheikh conclut que tout cela n’a aucune conséquence négative sur la foi et le Tawhîd de l’adorateur, à condition essentielle que cela soit réalisé dans un objectif religieux, et non dans un but purement mondain.
Leçons pratiques à retenir
1. Purifier le cœur avant les mains
Ce hadith nous enseigne une vérité fondamentale : la personne doit d’abord sortir ce bas-monde de son cœur, avant de le sortir de ses mains.
Ce n’est pas la possession matérielle qui est condamnée, mais l’attachement du cœur à celle-ci. On peut être riche en apparence et pauvre de cœur, comme on peut être pauvre en apparence mais riche de cœur.
2. Examiner ses réactions
Un exercice d’introspection utile consiste à observer nos propres réactions :
- Comment je réagis quand je reçois des biens ?
- Comment je réagis quand je suis privé de quelque chose ?
- Ma satisfaction et mon mécontentement dépendent-ils de ma situation matérielle ?
3. Viser constamment la Face d’Allah
Dans tous nos actes, qu’ils soient cultuels ou quotidiens, nous devons constamment rectifier notre intention pour qu’elle vise la Face d’Allah et la demeure de l’au-delà.
4. Ne pas devenir esclave
L’objectif est de rester libre intérieurement. Le croyant utilise l’argent, il ne le sert pas. Il possède des biens, mais n’est pas possédé par eux.
Conclusion
Ce hadith prophétique et son explication par les savants nous rappellent que la vraie liberté réside dans le détachement du cœur vis-à-vis des biens éphémères de ce monde.
Qu’Allah purifie nos cœurs de l’amour excessif de ce bas-monde, qu’Il nous accorde la sincérité dans nos intentions, et qu’Il fasse de nous des serviteurs qui L’adorent Lui Seul, sans rien Lui associer.
Amin.
Sources :
• Hadith rapporté par l’Imam al-Bukhârî
• Commentaire du Sheikh ‘Abder-Rahmân as-Sa’dî dans son explication de Kitâb at-Tawhîd