Les exceptions à la règle : Quand le mensonge est-il permis en Islam ?
La véracité (As-Sidq) est la pierre angulaire de la morale musulmane. La base inébranlable pour tout croyant est de dire la vérité en tout temps et en toute circonstance. Cependant, la Sagesse Divine, dans sa parfaite compréhension de la nature humaine et des nécessités sociales, a prévu des cas exceptionnels où l’interdiction du mensonge est levée.
Ces exceptions ne sont pas une porte ouverte à la duperie, mais des outils de réforme et de préservation de l’harmonie. Le savant de l’Islam, à travers l’étude de l’œuvre « Al-Adab Al-Mufrad » de l’Imam Al-Bukhari, nous éclaire sur ces situations.
Le Fondement : Le Hadith d’Umm Kulthum
Le fondement de cette règle se trouve dans un hadith rapporté par la Compagnonne Umm Kulthum bint ‘Uqbah (qu’Allah l’agrée), dans lequel elle a entendu le Prophète Muhammad (paix et bénédictions d’Allah sur lui) déclarer :
« N’est pas menteur celui qui réconcilie entre les gens, en disant du bien. »
Elle a ajouté n’avoir jamais entendu le Prophète autoriser le mensonge dans une chose, si ce n’est dans trois situations précises.
Les Trois (et Quatre) Situations Autorisées
Ces permissions ne sont accordées qu’à la condition stricte que l’intention soit noble et que le mensonge n’entraîne aucun préjudice ou tort pour autrui. Il doit être au service d’un intérêt supérieur (maslaha) à la vérité elle-même.
1. La Réconciliation (Al-Islah Bayn An-Nas)
C’est la première et la plus importante exception. L’objectif est de mettre fin à une dispute, une rancœur (shahnâ’) ou une animosité entre deux personnes ou deux groupes.
- Comment l’appliquer : Pour rapprocher les cœurs, une personne peut rapporter de fausses paroles positives. Par exemple, dire à l’un des disputants : « J’ai entendu ton frère parler en bien de toi et prendre ta défense ! » même si ce n’est pas le cas, afin d’effacer la haine et de rallier les cœurs.
- La Sagesse : Le mensonge est ici un moyen de mettre fin à la division, une œuvre pieuse et aimée d’Allah, car l’union de la communauté est un objectif fondamental de l’Islam.
2. et 3. Les Échanges au sein du Couple
Le mensonge est permis lorsqu’il vise à maintenir l’affection (Al-Ulfa) et l’amour mutuel entre les époux.
- L’homme à sa femme : Le mari peut prononcer des paroles d’éloge exagérées ou des expressions d’amour intenses (ex. : « Tu es la personne que j’aime le plus au monde ») même si cela n’est pas rigoureusement vrai, tant que cela sert à préserver l’harmonie conjugale.
- La femme à son mari : Réciproquement, l’épouse est autorisée à le faire pour renforcer les liens affectifs avec son époux.
4. La Guerre (Al-Harb)
Bien que non mentionnée directement par Umm Kulthum, les savants ajoutent le mensonge en temps de conflit armé (guerre, stratégies militaires). Cette permission permet de tromper l’ennemi pour assurer la victoire ou la sécurité des troupes, entrant dans le cadre des stratégies militaires (Al-Khid’a).
Une Alternative Noble : L’Équivoque (At-Tawriyah)
Avant de recourir au mensonge pur et simple, le conférencier recommande l’utilisation d’une technique plus noble : At-Tawriyah.
- C’est l’acte de prononcer une phrase qui a deux sens possibles : un sens apparent que l’interlocuteur va comprendre (et qui est l’information fausse) et un sens caché, lointain, mais véridique dans l’intention du locuteur.
- Exemple : En temps de guerre, dire à l’ennemi : « Votre général est mort ! » en ayant l’intention d’un général décédé il y a des siècles, tandis que l’ennemi comprend que son chef actuel est décédé. L’intention sincère du locuteur est de ne pas avoir menti sur la base de son sens caché, tout en obtenant l’effet de la tromperie.
Foire Aux Questions (FAQ) – Les Exceptions au Mensonge en Islam 📜
Q1 : Comment peut-on « faire germer le bien » entre les gens ?
Q2 : Quelles sont les trois situations autorisées pour le mensonge selon le hadith ?
- Pour réconcilier deux personnes ou deux groupes en conflit.
- Dans les échanges entre le mari et son épouse (pour maintenir l’affection).
- Dans les échanges entre l’épouse et son mari (pour maintenir l’affection).
Q3 : Quelle est l’authenticité de ce hadith ?
Q4 : Quelle est la différence entre propager le bien (Al-Islah) et propager le mal (An-Namima) ?
Q5 : Quel principe doit être appliqué avant de recourir au mensonge ?
Conclusion : La sagesse de l’Islam place la préservation de l’harmonie sociale et conjugale au-dessus de la vérité littérale dans ces contextes précis. Le mensonge, dans ces rares cas, est un acte de miséricorde et de réparation.
Source de l’article :
Résumé du cours vidéo Al-Adab Al-Mufrad #222 – Les mensonges permis » sur la chaîne YouTube Sentier du Salut.
Lien direct : Regarder le cours original (YouTube)