La Vraie Doctrine : Pourquoi les Musulmans ne se Révoltent (Généralement) Pas Contre leurs Dirigeants

Les images de soulèvements populaires et de groupes armés renversant des régimes ont forgé, malheureusement, une image contradictoire des mouvements islamiques dans l’esprit du public occidental. On associe souvent les musulmans à la désobéissance civile, voire à la rébellion armée. Pourtant, l’examen de la doctrine islamique orthodoxe — particulièrement celle enseignée par la mouvance salafie traditionnelle — révèle une toute autre réalité : la révolte contre un gouverneur musulman est strictement interdite.

Peut-être devons-nous nous méfier davantage des doctrines des groupes extrémistes que des musulmans en général.

Un Principe Fondamental : Obéissance pour Préserver la Stabilité

Au cœur de la doctrine des Ahl As-Sunna wal-Jama’a (les gens de la Sunna et du Groupe), l’obligation d’écouter et d’obéir aux autorités est incontournable. Cette autorité comprend à la fois les gouvernants politiques et les savants religieux.

L’obéissance, prescrite directement par le Coran, ne s’applique que tant que les ordres ne contredisent pas les commandements d’Allah. En dehors de cela, qu’il s’agisse de décisions politiques, économiques ou administratives, la soumission est requise afin d’assurer la stabilité et l’ordre public (al-amn).

Le Coût du Chaos : Pourquoi la Révolte Est Interdite

La position la plus controversée des salafis traditionnels concerne l’attitude face aux dirigeants injustes. Même sous la tyrannie, la corruption ou des injustices flagrantes, la révolte armée demeure proscrite.

La raison théologique est simple et pragmatique : l’expérience historique montre que les désordres engendrés par la révolte font souvent plus de mal que l’injustice elle-même. Le chaos s’accompagne de massacres, de viols et de la destruction de la société. Ainsi, il vaut mieux accepter le « moindre mal » de l’injustice pour éviter la grande fitna (discorde ou guerre civile).

Le célèbre Imam Ahmad ibn Hanbal, confronté à la persécution de son calife, préféra subir la torture plutôt que de soutenir un soulèvement, refusant que ne coule une seule goutte de sang.

La Position des Savants : Conseiller en Secret et Invoquer Allah

Si la révolte est exclue, comment alors réagir face à l’injustice ?

La réponse réside dans le conseil (Nasīḥa), mais celui-ci doit rester confidentiel. Selon cette doctrine, critiquer publiquement le dirigeant — sur les réseaux sociaux, en chaire ou dans la presse — est vu comme une incitation à la révolte, une démarche propre aux groupes extrémistes tels que les Khawarij.

Le conseil se donne donc en secret, par lettre ou en privé, avec sincérité et loyauté, dans le but de réformer, non de déshonorer. Par ailleurs, l’arme spirituelle la plus puissante reste l’invocation (Du’a). Les grands savants enseignent de prier pour la droiture et le succès du dirigeant, car ses qualités profitent à toute la nation, tandis que sa perversité la frappe. Si le dirigeant est mauvais, c’est que le peuple n’a pas mérité mieux.

Un Contraste Essentiel

L’image du musulman rebelle reflète souvent des idéologies marginales qui s’écartent de cette doctrine centrale. En réalité, la majorité des musulmans adhèrent à une doctrine de patience et de non-révolte, garantissant l’ordre et la stabilité dans les pays musulmans.

Ironiquement, si les musulmans étaient les « rebelles » que les médias dépeignent, le monde islamique serait en guerre civile permanente. La prévalence de l’ordre et de la soumission, même sous des régimes autoritaires, témoigne de la force profonde de cette doctrine anti-révolte, qui dérange souvent les perspectives libérales occidentales.

Musulmans et révolte contre les dirigeants
Une stabilité souvent incomprise : la patience face à l’injustice comme principe religieux.

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